Dans un article récent publié dans la Harvard Business Review, Richard E. Clark (professeur en psychologie à la Southern California University) et Bror Saxberg (Vice-président des sciences de l’apprentissage à la Chan Zuckerberg Initiative) mettent en avant les 4 principaux « pièges de la motivation » : les émotions négatives, l’erreur d’attribution, le manque de sentiment d’auto-efficacité et les conflits de valeurs. Autant de raisons qui peuvent nous amener vers une diminution persistante de notre motivation. Comment s’en sortir ?

Nolwenn Anier, directrice du Pôle Recherche de la start-up Moodwork, vous propose une série de 4 articles dans lesquels un psychologue ou professionnel spécialiste de la qualité de vie au travail vous donnera des conseils pratiques pour venir de ces freins et ainsi (re)trouver de la motivation au travail.

Cette dernière est généralement définie comme la volonté de faire le travail plutôt que de tergiverser, en persistant devant les distractions et en investissant suffisamment d’effort mental pour réussir. Elle est l’un des principaux objectifs transversaux inhérents au travail, pour les salariés comme pour les managers. Pour les salariés, elle permet d’être plus efficace et plus satisfait de soi, de son travail. Pour les managers, elle garantit le bien-être de ses collaborateurs et la réussite des projets. Cependant, parfois, la motivation peut faire défaut. Cela peut être passager, à causes de circonstances particulières dans la vie personnelle par exemple, ou devenir chronique. Dans ce cas, il est important de s’interroger sur les caractéristiques du travail qui peuvent être à la source de ce changement.

Piège n°1 : Les émotions dîtes négatives – « Je suis trop bouleversé pour faire cela »

Il arrive à tout le monde de faire l’expérience de pensées ou d’émotions négatives. Aristote a défini les émotions comme « tous ces sentiments qui changent l’homme en l’entraînant à modifier son jugement et qui sont accompagnés par la souffrance ou le plaisir » (Rhétorique, livre II, chap. 1, 1378a). Cette définition montre que les émotions négatives font partie intégrante du spectre affectif des êtres humains. Les émotions négatives donc sont normales, et même nécessaire à notre bon fonctionnement.  D’après David Sander, professeur de psychologie à l’Université de Genève et spécialiste du sujet, les émotions ne sont pas passives, mais au contraire nous préparent à agir. En effet, nos comportements et actions vont se baser en partie sur le ressenti que nous pouvons avoir dans différentes situations. Par exemple, la colère prépare à des comportements hostiles, tandis que la peur va nous amener à des actions d’évitement ou de fuite.

Ainsi, les émotions négatives peuvent engendrer une baisse de la motivation à l’action, ce qui peut nuire à notre satisfaction au travail, notre niveau de stress et notre santé en général. Si ces tendances à l’action basées sur l’émotion peuvent être utiles dans certains contextes (en présence d’un danger réel par exemple), elles peuvent être inadaptées lorsque nous nous laissons envahir par les émotions négatives. Dans ce cadre, James Gross (professeur de psychologie à l’université de Californie) a mis en avant l’intérêt de ré-évaluer nos émotions négatives. Lorsque nous nous forçons à ré-interpréter les évènements que nous considérons comme négatifs, et que nous considérons le positif, nous changeons progressivement nos schémas de pensées vers davantage d’optimisme. Au contraire, chercher à supprimer ses émotions négatives empêcherait de réellement considérer les problèmes et ne ferait que repousser la survenue de conséquences négatives.

Les conseils pratiques de Marie Le Prince, psychologue du travail chez Moodwork

Souvent, nous essayons de refouler au maximum les émotions négatives que nous pouvons ressentir sur notre lieu de travail, qu’elles aient un lien ou non avec notre travail en lui-même. Plutôt que de consacrer votre énergie à réduire votre ressenti en tentant désespérément de vous concentrer sur vos tâches, prenez du temps pour l’accepter tout simplement. Sortez prendre l’air, allez déjeuner, parlez-en avec vos collègues, appelez un proche 5 minutes. Mettez vos émotions au centre de votre attention pour que leur charge émotionnelle puisse s’apaiser sans vous causer davantage de dommages !

Ainsi, afin de mieux gérer la venue d’émotions négatives, vous pouvez appliquer ces trois quelques conseils :

  • Analysez vos difficultés de manière objective. Lorsqu’une difficulté survient, gardez la tête froide. Prenez le temps d’analyser objectivement ce qui vous arrive. Pourquoi ressentez-vous une telle émotion ? D’où vient-elle ? Que veut-elle vous dire ? Que remet-elle en question ? Placez votre émotion dans son contexte, pour la comprendre et ne pas qu’elle brouille entièrement votre perception. Vous vous apercevrez alors que la plupart des difficultés sont temporaires, isolées, et ne remettent pas en question vos compétences ou vos valeurs.
  • Repérez le positif dans le banal. Entraînez-vous tous les soirs à noter au moins 3 choses positives qui vous sont arrivées dans la journée. Si l’exercice peut parfois sembler compliqué, il vous permettra de repérer le positif partout où il se trouve et de ne plus considérer et retenir seulement les choses négatives que vous vivez.
  • Visualisez vos réussites. Tous les jours, prenez 5 minutes pour vous imaginer en train de réussir les projets que vous menez actuellement. Cet exercice booste la confiance en soi, valorise vos compétences et les efforts que vous mettez en place pour atteindre le succès, et garde à distance les ruminations qui peuvent vous amener à douter de vous.

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